Les 10 serpents les plus étranges au monde

La nature est parfois véritablement étrange. Sur les quelques 3700 espèces de serpents décrites à ce jour, il en est quelques-unes qui, pour le moins que l’on puisse dire, sortent de l’ordinaire, si tant est que les serpents soient des animaux ordinaires. Les serpents sont anatomiquement à peu près tous faits pareils, extérieurement parlant : une tête, un corps, une queue, sur lesquels se trouvent des écailles, portant toutes un nom spécifique (labiales, loréales, pré-oculaires, nasales, rostrales, frontales, pariétales, mentonnières, ventrales, sous-caudales, symphisiales etc), servant à une identification complète et précise de l’espèce. On appelle cela les caractères méristiques. Cela offre une sacrée possibilité de variations, et c’est peu dire que les serpents les ont exploité au maximum.

 

La plupart des serpents se contentent d’être bien camouflés en mimant la forme ou la couleur de leur environnement (homotypie et homochromie), ou au contraire d’être parés de couleurs vives et flamboyantes pour avertir de leur venimosité extrême, ou pour certains nous le faire croire.

 

Les serpents ont également appris à s’adapter morphologiquement à leurs biotopes. Par exemple, les serpents marins ont la queue aplatie, leur servant de gouvernail, les serpents arboricoles ont le cœur plus près de la tête afin d’irriguer rapidement le cerveau lors d’acrobaties prédatrices périlleuses.

 

Ceci étant dit, passons maintenant à ceux qui sortent du lot. Ceux qui ont défiés les normes et les codes de l’herpétologie, voici les 10 serpents les plus étranges du monde.

 

Note : je ne possède aucun droits pour les photos présentées ici (sauf exception), si leur auteur désire le retrait de la photographie, il peut me le faire savoir sans problème.


10-Le Bongare annelé (Bungarus fasciatus).

 

Placide et léthargique le jour, actif et dangereux la nuit, ce serpent asiatique très venimeux possède un squelette unique chez les serpents : une sorte de crête dorsale rigide, lui donnant une silhouette triangulaire.

Crédits photos :

1 Alamy banque d'image

2 Wikipedia & ©2005 ThaiPulse.


9-La Vipère velue (Atheris hispida).

 

Cette petite vipère africaine, de toute beauté, possède une écaillure bien singulière. Toutes les écailles sont carénées et retroussées, lui donnant un aspect hirsute. Étonnant non ?

Crédits photos :

1 et 2 : Pinterest.


8-Les Vipères fouisseuses (Atractaspis spp).

 

Ces dangereux serpents africains ne sont pas vraiment des vipères. Ils forment une famille à part entière : les Atractaspididés. Fait unique chez les serpents, les espèces du genre Atractaspis possèdent des crochets à venin qu’elles peuvent sortir à l’extérieur de la mâchoire sans ouvrir cette dernière, ce qui rend leur manipulation extrêmement délicate. Leur venin est composé de sarafotoxines, qui provoquent une sévère vasoconstriction, provoquant la mort par arrêt cardiaque et il n’existe à ce jour aucun anti-venin. Plus étonnant encore : l’une d’elles (Atractaspis duerdeni) possède une écaille au bout de la queue en forme de pique, et l’utilise pour simuler une morsure sur son assaillant pendant qu’elle dissimule sa vraie tête sous son corps. C’est le seul serpent au monde dont on peut dire qu’il pique !

Crédits photos :

1 Michael & Patricia Fogden / Donald Schultz

2 William R Branch


7 – Les Acrochordes (Acrochordus spp).

 

Ces serpents australiens, au nombre de trois, aussi appelés "serpents trompe d'éléphant" ou serpents verruqueux, forment une famille à eux seuls : les Acrochordidés. Ils possèdent une peau très étrange : leurs écailles sont minuscules, granuleuses, et, fait unique chez les serpents, ne se recouvrent pas. Encore plus intriguant, leur peau est recouverte d’une fine soie, dont la fonction est encore inconnue à ce jour. Ils vivent dans les eaux douces, saumâtres voire marines du nord de l’Australie au sud de l’Inde.

Crédits photos :

1 Chase Long

2 Inconnu

3 Pat McCarthy


6 – Le serpent marin orné (Acalyptophis peronii).

 

Derrière ce regard espiègle se cache un bien curieux serpent marin, à l’écaillure hérissée de pointes. Il est le seul serpent marin à avoir une telle écaillure, en particulier en ce qui concerne ses superbes écailles cornues au-dessus des yeux. Il est l’un des serpents-marins au venin le plus puissant, mais aucune morsure sur l’homme n’a jamais été enregistrée.

Crédits photo :

1 Jurgen Freud de naturepl.com

2 Mark O'Shea


5 – Le Langaha pseudoalluaudi.

 

Ce serpent liane endémique de Madagascar est une curiosité herpétologique. Les serpents de ce genre nous avaient déjà habitué à des morphologies singulières (voir L. madagascariensis et L. alluaudi), mais celui-ci dépasse toutes limites dans l’originalité : sa tête est prolongée d’un très étrange appendice écailleux, lui fournissant un camouflage parfait.

Crédits photo :

1 inconnu

2 Pinterest


4 – La Couleuvre à cou rouge (Rhabdophis subminiatus).

 

On entend souvent des erreurs de langage concernant les serpents, comme par exemple "pîqure de serpent" ou "serpent vénéneux". Ce que le passionné d’herpétologie s’empressera systématiquement de corriger : "Un serpent ne pîque pas, il mord, ce n’est pas une guêpe, et seuls les champignons sont vénéneux, les serpents, eux, sont venimeux, car ils inoculent leur venin". L’espèce dont nous parlons ici met son grain de sel, elle possède des glandes nuchales derrière la tête sécrétant de la bufadiénolide, un poison qu’elle absorbe dans le métabolisme des crapauds dont elle se nourrit, qu’elle peut faire ressortir à travers sa peau si elle se sent menacée, ceci bien sûr en plus de son venin classique qu’elle inocule grâce à ses crochets postérieurs. Il semblerait que d’autres espèces du genre Rhabdophis en soient capable.

Crédits photo :

1 "Le blog d'un globe-trotter naturaliste".

2 Rob Ferguson


3 – Les Leptotyphlopidés.

 

Cette famille de serpent est extrêmement primitive et compte les espèces les plus petites au monde, certaines mesurant au maximum 10 centimètres. Inoffensifs, ils se nourrissent pour la plupart de larves d’insectes et de divers invertébrés de litière. Certains creusent des terriers avec leur museau, d’autres évoluent dans des galeries déjà existantes. Ils sont largement méconnu du fait de leur extrême difficulté de rencontre, ils ne remontent que très rarement au sol. Ils ressemblent pour beaucoup à de simples vers de terres, mais je trouve que leur aspect soyeux et brillant les rend attachant, et leur originalité les rend mystérieux. Certains ont même de très belles couleurs. Fait déroutant : ils n’ont pas de dents au maxiliaire (mâchoire supérieure), mais seulement 6 à la mandibule (mâchoire inférieure), voir photo du crâne.

Crédits photo :

1 Alamy banque d'image

2 L. J. Witt

3 Rafi Toumayan

4 Dr. Jessie Maisano


2 – La Vipère à queue d’araignée (Pseudocerastes urarachnoides).

 

Voici l’un des serpents les plus étranges de la planète. Endémique de l’ouest montagneux iranien, elle fut découverte en 1968 puis décrite comme espèce seulement en 2006. Cette curieuse vipère désertique a développé un appendice extraordinaire au bout de la queue : un leurre en forme d’araignée, qu’elle agite à l’affût pour attirer ses proies. Je dois remercier Frank Deschandol, talentueux photographe naturaliste, pour ces excellentes photographies cordialement prêtées. Je vous invite vivement à visiter son site internet et sa galerie Flickr.

Crédits photo :

1 et 2 Frank Deschandol de frank-deschandol.com


1 – Le serpent à tentacules (Erpeton tentaculatum).

 

Il fallait bien finir cet article par ce véritable alien : une couleuvre aquatique asiatique, piscivore, pouvant vivre en eau saumâtre, qui possède deux tentacules au bout du museau. Après le Langaha pseudoalluaudi, celui-ci fait pâle figure me direz-vous. Oui mais voilà où commence le mystère, on ne sait absolument pas à quoi cela peut bien lui servir. Certains ont cru qu’ils servaient à arracher des algues sur les pierres pour les manger, ce qui aurait fait de lui l’unique serpent végétarien, mais cela était faux. Ensuite, l’hypothèse la plus largement acceptée, et qui demeure encore aujourd’hui, accrédite l’idée qu’ils sont simplement un moyen de camouflage, comme une "rupture visuelle" pour ses proies. Une hypothèse récente suggère que ces appendices soient sensitifs, et lui permettent de savoir quel angle de fuite va prendre le poisson au moment éclair de l’attaque, pour en une milliseconde, « l’attendre » au moment de la fuite. Comme si vous vouliez éviter un camion à l’arrêt sur lequel vous foncez, que vous changiez de direction brusquement mais qu’il se téléportait immédiatement devant vous.

Crédits photo :

1 Kenneth Catania

2 Matthijs Kuijpers (Alamy banque d'image)

3 Ryan Somma


Hors concours : Le serpent dragon (Xenodermus javanicus).

 

L'incroyable écaillure de ce serpent le met directement hors catégorie. Ce petit ophidien asiatique appartient a une bien curieuse famille, les Xenodermatidés, dont l'origine phylogénétique reste floue. On le croirait sorti d'un manga, une vraie beauté, et surtout une réelle curiosité.

Crédits photo :

1 Dean Cargmillo

2 Inconnu

3 Shutterstock (libre de droits)



Après ce rapide tour des serpents excentriques de notre planète, le lecteur phobique que vous êtes peut-être appréciera l’originalité et la diversité incroyable de ces animaux. Parfois, il suffit d’être intrigué pour changer de regard.

 

 

Guillaume Tessereau, 22/01/2020.

 

 

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